L'auteur

Aurel Séverin

Il écrit depuis longtemps en silence. Ses textes sont nés ailleurs que dans le monde de l'édition – dans des années de pratique, de décisions concrètes, de pensées tenues au fil des saisons. Ce qui paraît aujourd'hui sous son nom a mûri lentement, à distance de toute scène. L'écriture est venue comme une nécessité, pas comme une vocation déclarée.

Il a traversé plusieurs métiers, plusieurs ordres de réalité, plusieurs façons d'être confronté au monde. Il a connu la matière, la décision, la conduite d'hommes, et les situations exigeantes. Il a tenu, perdu, repris. Ces expériences ne sont pas un récit qu'il offre – elles sont la terre dans laquelle ses textes ont pris racine.

De l'enfance, il a reçu des valeurs – et celle-ci surtout : rien ne se prend sans être pris à quelqu'un. Mais une valeur reçue n'est pas une valeur tenue. Ce qu'il a traversé a mis les siennes à l'épreuve, puis en a forgé une façon de se tenir qui ne doit plus rien à personne : n'attendre aucune approbation, ne chercher aucun coupable, répondre seul de ses choix. De cette traversée lui vient sa seule mesure : le jugement qu'il rend sur lui-même.

Il regarde son époque sans s'y soumettre. Il se sert des outils qu'elle invente, mais il a passé l'âge de confondre un instrument avec un maître. Ce qui flatte, ce qui rassure, ce qui propose de penser à la place de l'homme, il le reconnaît aussitôt : sous un nom neuf, c'est un très vieux collier. D'autres le portent sans le voir ; lui en a fait un outil, et le conduit.

Ce qu'un homme porte ne tient pas dans une seule forme. La première le pose, la deuxième le décortique, la troisième le fait ressentir. Car nommer ne suffit pas à faire comprendre, ni comprendre à faire ressentir. Chaque forme atteint où les autres s'arrêtent : l'œuvre ne sera entière que de leur somme. Elle se construira forme après forme ; rien, ici, n'a besoin d'être pressé.

Éditions de l'Arolle